séminariste

Karol le séminariste clandestin

Karol est convaincu que Dieu l’appelle à devenir prêtre. Il est disposé à faire tous les efforts nécessaires, et même à mener une double vie.

Au début de l’occupation nazie, la Gestapo avait voulu contrôler le séminaire, en le destituant de son enseignement par des professeurs universitaires. Monseigneur Sapieha n’avait pas pris en compte ces instructions et la Gestapo avait alors interdit l’inscription de nouveaux séminaristes. L’archevêque avait donc décidé de les placer dans des paroisses des environs, en les faisant passer pour secrétaires de ces paroisses auprès des autorités. Ils venaient assister aux cours en cachette au séminaire. Mais cinq d’entre eux avaient été démasqués et exécutés ou déportés à Auschwitz. Alors Monseigneur Sapieha avait décidé de rendre le séminaire complètement clandestin. Les candidats étaient acceptés en cachette, continuaient à travailler et étudiaient durant leur temps libre. Ils ne devaient informer personne de leur entrée au séminaire. Quelques cours y avaient lieu et les séminaristes devaient faire en sorte de ne pas se faire prendre par la Gestapo.

Karol apprend de Père Figlewicz la manière d’entrer au séminaire et, en automne 1942, décide d’aller s’y inscrire. Il est reçu par le recteur, qui l’admet comme nouveau membre. Il fait partie des premiers inscrits ainsi. Le début de sa double vie commence.

Il fait tout de même part de sa décision à Mieczyslaw, car il ne va plus participer autant aux activités théâtrales. Mieczyslaw a du mal à comprendre cette décision, car pour lui il n’y a pas de meilleure façon de servir Dieu que par le théâtre et vu le talent de Karol, il ne voit pas l’utilité qu’il devienne prêtre. Après plusieurs jours d’insistance, en argumentant que l’on ne doit pas gaspiller les talents que Dieu nous a donnés, comme décrit dans la parabole des talents dans l’Evangile, et en citant des poètes comme Norwid, que Karol aime énormément, il doit abandonner. Karol a fait son choix et s’y tient.

Pourtant, il est très difficile pour lui de renoncer à cette passion pour le théâtre. Il se réconforte en pensant à son compatriote, Frère Albert, qui avait renoncé à sa passion et son talent pour la peinture pour se consacrer à Dieu. « Dans l’histoire de la spiritualité polonaise, le saint Frère Albert occupe une place particulière. Sa figure fut déterminante pour moi, car je trouvai en lui un net soutien spirituel et un exemple pour renoncer à l’art, à la littérature et au théâtre, pour faire le choix radical de la vocation au sacerdoce. » (LIV MV)

Karol avait bien réfléchi à ne pas gaspiller ses talents : « Le sacerdoce est un sacrement et une vocation, alors que la poésie est une fonction du talent mais c’est aussi le talent à déterminer la vocation » (OEU TL)

Il continue à travailler, en parallèle de ses études. Ses collègues, le voyant apporter des livres au travail, font preuve d’une grande solidarité envers lui et font une partie de son travail pour qu’il puisse apprendre, ce qui lui permettra de passer ses examens. Il admire ces hommes, la plupart pères de famille, qui font un travail difficile et dangereux, et qui trouvent encore la force de penser à l’aider. « Je côtoyais chaque jour des gens qui travaillaient durement. J’ai connu leur milieu, leurs familles, leurs centres d’intérêt, leur valeur humaine et leur dignité. J’ai fait personnellement l’expérience de leur grande cordialité. Ils savaient que j’étais étudiant et ils savaient aussi que, à peine les circonstances le permettraient-elles, je reprendrais mes études. Je n’ai jamais rencontré d’hostilité pour ce motif, ils n’étaient pas gênés du fait que j’apportais des livres au travail. Ils disaient : “Nous ferons attention : toi, tu peux lire.” Cela se produisait surtout pendant le travail de nuit, ils disaient souvent : “Repose-toi, nous, nous serons de garde.” Je me suis fait des amis de beaucoup d’ouvriers. » (LIV MV)


Références :
L’enfance de Jean-Paul II, Alain Vircondelet, Editions Artège, 2015
Jean Paul II – Témoin d’espérance, George Weigel, Editions Jean-Claude Lattès, 2005
LIV MV : Ma vocation – don et mystère, Editions Parole et Silence, 2013 (original en 1996, en italien)
OEU TL : Tutte le opere letterarie, Karol Wojtyla, Editrice Bompiani, 2001

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Sanctifier toutes les activités par ses talents et sa créativité.