Ecrivain plume

Don Karol l’écrivain et l’auteur de théâtre

Don Karol exprime sa philosophie et sa théologie par l’écriture. Parmi ses premiers écrits dans des journaux, il rend hommage à Jan Tyranowski et Frère Albert.

C’est dans le contexte de l’oppression communiste que, dès 1949, Don Karol commence à publier des articles philosophiques et religieux dans des journaux polonais, en particulier Tygodnik Powszechny (L’hebdomadaire universel), édité à Cracovie. Le journal est approuvé par Monseigneur Sapieha, qui a nommé l’ancien recteur du séminaire, Père Jan Piwowarczyk, comme conseiller ecclésiastique.

Un des premiers articles de Don Karol, intitulé L’Apôtre, est publié en 1949 dans le journal Tygodnik Powszechny, au sujet de Jan Tyranowski, son ancien guide spirituel, qu’il considère comme un saint, mort deux ans auparavant, en 1947, à l’âge de seulement 46 ans. Il commence aussi à publier ses poèmes, sous des pseudonymes, (Andrzej Jawien, Stanislaw Andrzej Gruda et Piotr Jasien), pour distinguer ses écrits philosphiques et théologiques de ceux artistiques.

Au milieu de toutes ses activités, il a une vie de prière intense et continue à écrire, comme la pièce de théâtre « Frère de notre Dieu » (1949), qui raconte la vie d’Adam Chmielowski (né à Igolomia en 1845 et décédé à Cracovie en 1916), peintre de talent qui vivait de son travail artistique et qui a renoncé à cet art pour se consacrer à Dieu sous le nom de Frère Albert, et a fondé un ordre religieux au service des pauvres.

Dans cette pièce, Adam, alors qu’il est encore peintre, s’interroge, constate et s’insurge :

« Où va cette armée de déshérités ? Personne ne s’en soucie. La direction des œuvres sociales m’écrit que ce foyer est tout ce que la ville peut faire en ce moment…
Mais cette armée va en se multipliant, voilà ce que je sais. Car ce n’est pas un bref séjour au foyer qui les rendra plus riches ou meilleurs. (…)
La société ignore ce qu’elle porte en elle. C’est un organisme malade. A cette différence près qu’un organisme atteint de troubles graves se trahit plus vite car il se dégrade avant de succomber. Tandis que la société peut dissimuler son mal très longtemps ou, plutôt, se cacher elle-même pour ne pas voir son mal. Eh oui, nous nous réfugions dans nos petits îlots de bien-être, dans nos relations mondaines qui nous donnent un sentiment de sécurité. Mais c’est un leurre, une illusion. Nous nous bandons les yeux, nous bouchons les oreilles et notre sécurité est une fausse sécurité. Une bulle de savon qui crèvera un jour. (…)
Chacun de nous poursuit son propre chemin. Chacun fait son nid. Et pendant ce temps, d’autres hommes cherchent où poser le pied sur nos routes encombrées. Pas un lopin de terre qu’ils pourraient appeler le leur. Pas un morceau de pain qui serait le fruit de leur travail. Pas un enfant qu’ils pourraient mettre au monde sans crainte qu’il ne fasse une bouche inutile de plus. En nous, on évolue dans tout cela. Forts de notre confiance en quelque ordre universel qui nous dicte de nous taire face aux injustices et de réprimer l’explosion de la colère. Non, non et non ! Quelque chose nous fait défaut à nous tous. Je ne sais pas encore quoi et je peine en essayant de le savoir. Mais je sais que quelque chose nous fait défaut et que tout cela nous mène à une catastrophe. » (OEU PT)

En s’adressant aux pauvres du foyer, qui dans le passé mendiaient et avec lesquels il avait alors fondé un ordre religieux mendiant, prenant lui le nom de Frère Albert, il dit :

« En chacun de vous, je découvrais la misère et le découvrais, Lui. Vous êtes longtemps demeurés éloignés les uns des autres. De toutes mes forces, j’ai essayé de vous rapprocher. Car d’abord, il y avait votre misère à chacun de vous et il y avait du vide autour de cette misère. Depuis que vous vous êtes rapprochés de Lui, votre déchéance est devenue Croix, et votre servitude, liberté. (…)
Le Fils de Dieu est Liberté. Sans la moindre trace de servitude. » (OEU PT)

Avec cette œuvre, Don Karol rend hommage à son compatriote, dont la vie lui a été d’une grande aide au moment de renoncer à l’art dramatique pour devenir prêtre.


Références :
L’enfance de Jean-Paul II, Alain Vircondelet, Editions Artège, 2015
Pope John Paul II, The biography, Tad Szulc, Scribner, 1995
Jean Paul II – Témoin d’espérance, George Weigel, Editions Jean-Claude Lattès, 2005
OEU PT : Poèmes, théâtre, écrits sur le théâtre, Karol Wojtyla, Editions Cana/Cerf, 1998

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