Eau cascade

La splendeur de l’eau

Don Wojtyla aime la poésie. C’est pour lui un moyen de toucher les gens d’une manière artistique, complémentaire au ministère sacerdotal traditionnel.

Don Karol exerce son ministère avec enthousiasme, prie et réfléchit. Il écrit des textes littéraires, pour arriver à transmettre des vérités qui ne le sont pas complètement par la philosophie ou la théologie. Ce n’est pas un passe-temps, mais une action pastorale.

Méditant sur la nécessité de ne pas s’arrêter à la superficie mais de regarder en profondeur, pour rencontrer le Christ et trouver ainsi le soulagement des faiblesses humaines et le bonheur, Don Wojtyla écrit le poème « Chant de la splendeur de l’eau », en 1950.

Il s’inspire de l’épisode de l’Evangile où la samaritaine rencontre Jésus au bord du puits de Sichem et est soulagée par le discours compatissant et indulgent qu’Il a sur ses erreurs passées, un genre d’absolution comme dans une confession. Elle est heureuse d’avoir rencontré Jésus, le Sauveur.

« Vois les écailles argentées de l’eau
où la profondeur tressaille
comme la prunelle de l’œil quand l’image y surgit.
Quand le reflet des feuilles larges sur l’eau
touche ton visage,
elle lave le cerne autour de tes yeux.

La source est loin encore. (…)

Le puits scintille de feuilles
qui passent dans tes yeux.
La verdure réfléchie voile ton visage
dans la profondeur qui luit.

Loin encore, la source !

Une multitude tressaille en Toi, transpercée
par la lumière de Tes paroles
comme les yeux par la clarté de l’eau.

Dans la fatigue, dans la lumière, tous, Tu les connais. (…)

Comme ce puits, d’où monte au visage la clarté de l’eau,
Il avait un miroir,
Oui, comme ce puits, aux lueurs profondes. (…)

Ses paroles étaient toutes simples.
Elles m’entouraient comme des brebis.
Elles faisaient se lever en moi
des oiseaux ensommeillés de leur nid.

Il était tout entier dans mon secret, dans ma faute.

Comme cela devait Te faire mal,
comme cela devait Te peser (…)
ma souffrance d’alors n’était pas à la mesure de la Tienne. (…)

Quel raccourci, quel bien que cette connaissance !
Pourtant Tu n’as même pas levé les yeux,
Tu me parlais avec ces yeux tout autres
reflétés par la clarté profonde du puits. (…)

Il nous a joints l’un à l’autre, ce puits ;
il m’a menée en Toi.
Personne entre nous, rien que la profonde
splendeur au fond du puits, la pupille
sertie dans une orbite de pierres.

Dans Tes yeux,
attirée par le puits,
je suis enclose. (…)

Depuis ce temps-là, du fond de ce puits
où je vins puiser cette seule cruche d’eau,
la splendeur adhère à mes prunelles.
J’ai puisé tant de connaissance,
découvert un tel vide, le mien
au reflet de ce puits.

Tout est bien. Je ne saurais T’avoir en moi.
Mais Tu y demeures comme au miroir du puits
demeurent les fleurs et les feuilles
cueillies par mes yeux étonnés,
emplis de lumière, un peu tristes. » (OEU PT)


Références :
Jean Paul II – Témoin d’espérance, George Weigel, Editions Jean-Claude Lattès, 2005
OEU PT : Poèmes, théâtre, écrits sur le théâtre, Karol Wojtyla, Editions Cana/Cerf, 1998

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