encore une fois clandestin

Don Karol encore une fois clandestin

Les journaux catholiques sont interdits par le régime communiste, qui combat la religion. Don Karol devient un auteur clandestin, d’un journal clandestin.

En 1957, le régime communiste ferme à nouveau la Faculté de Théologie, voulant opposer la foi et la raison, ainsi que supprimer la religion en faisant violence au patrimoine spirituel de la Pologne. Le journal Znak (Le Signe), mensuel dans lequel Père Wojtyla publie régulièrement des articles et ses œuvres, est aussi interdit par le régime car c’est un journal catholique. Il devient alors clandestin, mais continue à exister et Don Karol continue à y publier, avec enthousiasme et détermination.

A cette période, il rédige le poème « Profils de Cyrénéen », inspiré du personnage biblique Simon de Cyrène, passant sur le chemin de Jésus en train de porter Sa Croix sur le calvaire et réquisitionné pour L’aider. Les Cyrénéens décrits représentent l’homme face à différentes croix à porter et ses réactions, son désarroi.

« Face à face avec l’Homme. La rue. Tous ces visages !
Battement à mes tempes, comme dans une forge.
Je ne cherche pas l’aventure.
Je ne veux offenser personne.
Je veux me suffire à moi-même.
Que nul n’entre de force en moi,
ni mendiant, ni repris de justice,
ni Dieu.

Mais je veux être juste,
je marchande avec vous autres, brutes,
au sujet de cet Homme.
(Il faudrait pourtant que je retourne en ville)
Je marchande la justice,
ce qui devrait m’être épargné, qui pour Lui
serait une grâce.

Je veux être juste,
aussi je marchande avec vous autres, brutes.
Non, ne va pas trop loin,
ne touche pas à mes pensées, à mon cœur,
tu n’y feras rien bouger. Quelle contrainte,
quelle violence !
Et Lui ose l’accepter – ce mendiant !

Soit, un homme juste – et après ?
Des gens viendront, des femmes et des enfants,
toujours les mêmes,
et avec Lui – moi.
Qui pourra distinguer Lui de moi
quand le poids nous terrassera, Lui et moi ?
Je ne le supporterai pas : être juste n’est pas être d’acier. (…)

Mon petit monde !
La justice exprimée, évincée, par les normes.
Ton monde si grand :
l’œil, la poutre, et Lui.
Et dans Ton monde tellement grand,
que peut compter le mien, si petit ?

Tu pourrais le briser, le réduire à rien,
portant Ta croix, Tu pourrais passer toute chose
au tranchant de l’abîme.
Mais Tu es vaste, accessible à tous :
Tu contiens tous les hommes.

Non, je ne veux plus être un juste.
Du seuil où je suis, on aperçoit
un nouveau monde.

Une foule passe à côté : femmes, enfants, soldats ;
elle tourne en rond à la frontière de Dieu.
Silence. Silence.
La justice appelle la révolte. La révolte contre qui ? » (OEU PT)


Références :
Jean Paul II – Témoin d’espérance, George Weigel, Editions Jean-Claude Lattès, 2005
OEU PT : Poèmes, théâtre, écrits sur le théâtre, Karol Wojtyla, Editions Cana/Cerf, 1998

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