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Don Karol le jeune professeur universitaire

Don Karol reprend les études pour devenir professeur universitaire. Il continue à écrire des poèmes à trame biblique et à réfléchir sur l’être humain.

En 1951, Monseigneur Eugeniusz Baziak, le successeur de Monseigneur Sapieha (décédé le 23 juillet 1951), demande à Don Karol de reprendre les études, en vue de l’habilitation à l’enseignement de l’éthique et de la théologie morale. Don Karol doit alors s’éloigner de ses activités avec les jeunes, pour se consacrer à cet apprentissage relativement complexe. Il continue tout de même à voir les membres de son groupe, vu qu’il étudie à Cracovie.

Durant ses études, en 1952, il écrit « La pensée est un espace étrange ». Jacob, berger de la Bible qui a lutté avec l’Ange et a pu ensuite voir Dieu face à face, y est le symbole de l’homme qui cherche la Vérité, exemple pour l’homme d’aujourd’hui afin qu’il voie les choses les plus importantes dans la vie, qu’il découvre le chemin spirituel, qu’il trouve Dieu à travers le monde créé.

« Il arrive dans la conversation de voir en face la vérité
et de manquer de mots, de ne trouver ni geste ni signe.
Nous le sentons alors : nul mot, nul geste, nul signe
ne pourraient l’appréhender toute en image.
Nous devons la pénétrer seuls, la combattre comme Jacob. (…)

Laissons là cet aspect de l’homme.
Ce n’est pas facile :
qu’il échange un regard avec ce monde étrange et profond,
que son pouls lassé batte plus fort sous la paume,
cela n’atteste-t-il pas aussitôt
que sous son pas les rues défilent trop vite ?
Pourtant il trouve dans la rue son propre rythme
qui ne cesse de l’assiéger,
qui l’arrache à sa tâche essentielle,
et le révèle à demi et le laisse dans l’ombre à demi. (…)

ce dont l’homme souffre le plus, je crois,
c’est de manquer de vision.

S’il souffre de manquer de vision
il doit s’ouvrir dans l’épaisseur des signes
un chemin vers le centre même, ce poids
mûrissant comme un fruit dans le verbe.

Est-ce le poids que Jacob sentit le terrasser,
lorsque tombèrent en lui les étoiles,
yeux las de ses brebis ? (…)

Jacob était berger, n’ignorant donc
aucune des forces de la terre. Si planté en elles
que leur science compacte croissait en lui sans effort,
présente à sa pensée, même sans mots pour la dire.

Soudain, comme la nuit éteignait peu à peu
les yeux des brebis, des chameaux,
puis des enfants et des femmes,
Jacob resta seul avec son poids de savoir,
il sentit quelqu’un le saisir et il sut
qu’il ne pouvait plus faire un geste.

Quelqu’un – le même – ouvrit
jusqu’au tréfonds de sa conscience,
comme l’avaient fait (et pourtant autrement)
l’enfant, la brebis ou l’objet ;
sans les détruire, sans les écarter,
prenant tout en Lui au contraire ;
mais en ce Quelqu’un tout tremblait :
l’enfant, la brebis et l’objet.

Jacob tremblait lui aussi, car jamais le réel
ne s’était ouvert d’une façon si soudaine.
Il se courba sous le poids – pour que les pensées
puissent reprendre leur équilibre ordinaire. (…)

Contemple ces gouttes de pluie à peine tombée :
tout le vert printemps des feuilles s’y concentre,
toutes les feuilles, sous le poids des gouttes
débordent leurs limites.

Tes yeux en sont pleins de merveilles
saisis-tu pour autant le fond de ta pensée ? (…)

C’est par la pensée que tu vas si profond
dans la splendeur des choses,

et qu’en toi-même tu dois leur ouvrir
toujours plus grand, l’espace. (…)

Pour trouver le lieu où luttait Jacob,
Ne pars pas pour l’Arabie (…)

Abandonne-toi : que l’espace de la pensée
s’illumine aux clartés des choses (…)

T’y aideront silence et solitude. » (OEU PT)

En 1953, Don Karol obtient l’habilitation et commence à enseigner à l’université Jagellon de Cracovie, au séminaire, puis à l’université de Lublin.


Références :
Jean Paul II – Témoin d’espérance, George Weigel, Editions Jean-Claude Lattès, 2005
OEU PT : Poèmes, théâtre, écrits sur le théâtre, Karol Wojtyla, Editions Cana/Cerf, 1998

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Sanctifier toutes les activités par ses talents et sa créativité.